Conversation avec … Marie Pénélope PERES

Marie-Pénélope PERES est auteure  de "Sagesse et pouvoir du cycle féminin" 

Artiste – Danse et Mouvement – Accompagnante en Féminité holistique

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J’ai rencontré Marie-Pénélope lors de mon premier Festival du Féminin. Elle a été la première personne avec qui j’ai pu aborder la question des ressources du cycle et de l’auto-observation avec la symptothermie.

Je me rappelle de son calme et de sa douceur. Elle a su me mettre en confiance sur le chemin de l’apprentissage du cycle, alors que j’avais l’impression d’être en bas de la montagne, partagée entre l’excitation de ce nouveau voyage et la panique face à l’envergure des changements que cela impliquait. J’ai de suite acheté son livre « Sagesse et pouvoir du cycle féminin », qui est une pépite pour comprendre le fonctionnement du cycle féminin.

 

J’ai voulu en savoir plus sur cette pionnière du cycle et de la danse contraceptive en France.

Comment te définirais-tu Marie-Pénélope ?

Je suis à un  moment de ma vie passionnant où les choses se rassemblent en moi, s’unifient.

Je fais partie des personnes qui vont mieux en vieillissant.

J’ai un parcours où j’ai fait des plongeons dans des choses variées et riches. J’ai eu souvent l’impression d’être écartelée entre différentes voies, de devoir choisir et de ne pouvoir choisir car tout m’était vital, car tout était lié. 

Depuis quelques années une paix s’installe par rapport à ce chemin fait. Je me surprends moi-même en voyant les choses s’intégrées d’elles-mêmes et dont je fais mon miel.

"Je suis dans une période plus valorisante, épanouissante car il y a moins de tiraillements."

Qu’est ce qui t’a amené à l’approche holistique du féminin ?

C’est avec l’âge que je peux mettre des mots sur cela.

Je me rends compte qu’il y a plusieurs questions autour de « qu’est-ce qu’être une femme ? », qui m’ont habitées fortement depuis l’adolescence.
Au fil des rencontres, des chemins, des expériences et assez tôt dans ma vie d’enseignante, j’ai dû répondre à des questions de femmes sur des questions existentielles et des questions liées au corps. Notamment quand j’ai travaillé dans une maison autour de la naissance, qui faisait uniquement de l’accouchement à la maison.

On était une magnifique équipe d’enseignants, thérapeutes autour des questions du féminin, sur ce que la femme vivait à travers sa sexualité, son corps. C’était un lieu laboratoire j’expérimentais à partir de mon intuition et de mes recherches personnelles.

Parmi les femmes que je suivais pendant leur grossesse, nombreuses d’entre elles étaient du milieu artistique, spectacle vivant le plus souvent, où le corps est presque un outil de travail. 

Elles ont senti dans la manière dont je faisais la préparation à la naissance, et dans lesquelles elles puisaient quand elles étaient sur scène. Elles revenaient me voir après la naissance de leur enfant et je leur proposais alors de continuer le travail sur soi par l’exploration du cycle menstruel et de ses interactions avec le psychisme.

C’était le début du mouvement des doulas et du grand boum du maternage proximal.

Comment as-tu reconnecté avec la connaissance du cycle féminin ?

D’abord parce que je m’en suis fortement déconnectée !
A 11 ans j’ai été victime d’un abus sexuel qui m’a fortement déconnectée de mon corps. Je sentais confusément que je n’avais plus accès à mon ventre, à mon bassin, tout s’était verrouillé. Alors que depuis toute petite je m’exprimais et m’équilibrais de manière très instinctive par le corps en faisant spontanément de la danse et de la gymnastique ; j’ai ressenti comme une mort.

À l’arrivée de mes règles, j’ai eu l’impression d’être très seule avec  cette expérience nouvelle à vivre, d’autant plus que j’avais désormais peur de cette région de mon corps, une peur non-formulée, pas réellement identifiée, et de ce fait d’autant plus anesthésiante.

Néanmoins, après la 1ère année de menstruations je n’ai plus eu de douleurs et la période de quelques années qui a suivie a même été agréable à vivre. Mon cycle était devenu comme une boussole intérieure, qui me faisait du bien, je trouvais un ancrage dans cette rythmicité qui revenait à intervalle régulier, stable.

A 16 ans j’ai pris une pilule progestative (car j’avais un taux de cholestérol qui ne permettait pas l’usage de la pilule classique œstrogène + progestérone), qui se prend en continu et qui rend le cycle anarchique. La perte de ce bio-rythme avec lequel j’étais bien et qui était devenu important dans ma vie (sans jamais l’avoir verbalisé), m’a ravagée et coupée de mon corps,une
fois de plus. Je n’ai pas su en parler, je l’ai vécu et subi. 

C’était entre 16 et 18 ans, au moment où l’on construit beaucoup de choses dans la relation à l’autre, au groupe, au clan, la communauté des jeunes. J’ai ressenti un grand changement dans ma capacité d’être à l’écoute de moi, de prendre soin de moi. C’est un ressenti très intérieur. C’est un ressenti personnel, comme si le gardien de mon espace, de mon périmètre n’était plus là. Je le relie vraiment à cette absence de connexion avec mon cycle.

 

Sous pilule, je n’étais plus dans mon état normal et je pense que j’étais dans un état dépressif. La perte de ce rythme m’a profondément perturbée. Quand à un moment j’ai repris la pilule pendant quelques mois, je me suis aperçue qu’elle me rendait malade. En étant dans un état dépressif, on fait des choses que l’on peut regretter plus tard lorsque l’on sort de cet état.

Quand j’ai décidé d’abandonner totalement la pilule (après en avoir essayé plusieurs, avec toujours autant d’effets secondaires) ça a été une immense bouffée d’oxygène dans ma vie. C’est sur la base de cette expérience que j’ai alors entrepris mes recherches sur le cycle féminin, appris à observer mon cycle, à gérer ma fertilité d’abord avec la méthode Billings (observation et la sensation de la glaire cervicale) que j’ai découverte en fouillant dans le rayon contraception de la librairie La Procure à Paris (Eh oui ! il n’y avait pas encore internet à l’époque, et les informations sur la méthode d’observation de la glaire cervicale ne se trouvait que dans les organisations chrétiennes !) puis avec la symptothermie – méthode qui m’a complètement passionnée – conjuguée aux méthodes barrières, selon les contextes de ma vie.

Quand j’ai mis en place la pratique de la symptothermie, vers 21 ans , j’ai retrouvé cette sensation rythmée agréable que j’avais connue.

A partir de cette période profondément riche d’auto observation, j’ai retrouvé cette part instinctive, cette part femelle, qui veille à son propre territoire, capable de flairer ce qui est bon ou pas pour soi. C’est ce que dorénavant j’essaye de transmettre.

Peux-tu faire un bilan de ta pratique de la méthode symptothermique ?

J’ai été tellement émerveillée par cette découverte que pendant des années j’ai été extrêmement précise et organisée sur la tenue de mes calendriers, que j’ai enrichis au fur et à mesure, en identifiant des liens entre corps et esprit, entre étape du cycle et langage des rêves, entre maux et émotions. Je me rends compte combien cette didactique d’apprentissage du cycle a été fabuleuse. J’ai pu suivre toute l’évolution de ma fertilité en conscience.

J’ai pu être en confiance avec ce que je vivais dans la profondeur de mon être, car le langage du corps nous permet de comprendre ce qui se passe et ce qui se joue en nous, notamment notre relation au désir d’enfant.

Il est difficile de cerner les contours de ce désir d’enfant, c’est quelque chose qui a des ramifications beaucoup plus lointaines que l’on ne pense. On peut avoir aussi des conditionnements plus importants qu’on ne le pense. Tant que nos ambivalences sont inconscientes on peut se duper soi-même, et cela influe considérablement sur notre manière de gérer notre fertilité, notre contraception, notre auto-observation. Je me suis beaucoup servi de l’ auto-observation de mes propres ambivalences pour creuser plus loin dans la compréhension de ce qui sous-tend notre capacité à prendre en charge notre fertilité et notre contraception, ou au contraire nous entrave.

C’est en faisant face à la question du désir d’enfant que j’ai abordé les archétypes pour comprendre. Il y a plein d’aspects de moi que je n’aurai pas touché, des ombres dans lesquelles je ne serais pas descendue sans cette recherche.

Ces outils d’auto observation font partis de la base de la santé féminine, donc quand j’accompagne les femmes je les enseigne tout le temps.

De plus, ces outils sont sécurisants. Ils permettent de rester connectée à soi, à travers les grands bouleversements physiologiques et intérieurs que sont les grossesses, les périodes de maternage/ d’allaitement, les fausses-couches, les avortements, les hauts et les bas de notre vie sexuelle, les prémices des transformations à l’abord de la pré-ménopause, la pré-ménopause elle-même, la ménopause ensuite.

Les femmes peuvent retrouver à la pré-ménopause des symptômes et des perturbations intérieures aussi fortes que ce qu’elles ont pu connaître à l’adolescence.

À la différence de la puberté où le changement hormonal vient avec une énergie et une puissance hormonale en pleine expansion ; la ménopause -elle- est accompagnée d’une puissance hormonale qui décroît. Je ne veux pas dire qu’il n’y a pas de puissance à contacter à la ménopause, mais qu’il y a une inversion des forces qui nous animent. C’est un énorme changement, une transformation.  Le changement va durer quelques années où l’organisme – et tout l’être – doit trouver ses ressources pour atteindre un nouvel équilibre. Puberté et Ménopause sont 2 moments de notre vie en miroir

Je trouve dommageable d’attendre le dernier moment pour intervenir avec les pratiques de santé naturelles, de se dire que ce n’est que dans la tête et de mettre de côté désagréments et maux. Car plus le corps va peiner dans cet effort d’adaptation et plus des manques et des vides vont se creuser dans l’organisme, avec pour corollaire du mal-être intérieur.

Pour revenir à ta question de départ, je dirai donc que mon parcours de vie et la réappropriation de mon cycle féminin m’ont conduit à développer des qualités de chercheuses et à les mettre en pratique dans des domaines qui peuvent paraître éloignés : l’étude de l’anatomie, la naturopathie, l’anthropologie, la mythologie comparée, l’herboristerie, les pratiques corporelles somato-psychiques, l’art-thérapie.

Est-ce qu'aujourd’hui ton travail se concentre que sur la transmission des femmes ?

Oui et non ! Car tout un pan de mon enseignement en pédagogie perceptive par le corps concerne autant les hommes que les femmes. Mais effectivement, pendant une période de ma vie c’est la transmission aux femmes qui a pris le dessus, pour différentes raisons.

Là je sens qu’à nouveau j’ai besoin de re-nourrir ces autres parties de mon travail qui sont dédiées aux groupes mixtes, notamment avec mes ateliers de pédagogie perceptive de la respiration et de présence à soi, qui me vient pour majeure partie de ce que j’ai appris auprès d’Yvette Clouet (fabuleuse enseignante de la méthode « habiter son corps » à Marseille).

Pourquoi transmettre la danse contraceptive ?

"Je la vois comme un patrimoine de l’humanité, et un droit de naissance
quand on naît femme"

Nous ne sommes pas très nombreuse à la transmettre je n’ai pas envie qu’elle disparaisse.

On est à une époque où une grande opportunité d’éveil est possible, pour que la conscience humaine grandisse. Ces pratiques font parties de petits éléments qui peuvent enclencher et accompagner cet éveil. En tant que femmes ont à tout intérêt à renforcer nos racines.

L’histoire des femmes à travers l’Histoire avec un grand H est jonchée de limitations subies (pour ne pas dire plus). Face à ça notre réflexe a majoritairement été de chercher à faire comme si on était en tous points pareil aux hommes. Il y a un chantier en cours pour retisser notre histoire avec le fil des transmissions féminines. S’occuper de notre terreau, l’arroser, prendre soin de nos racines instinctives féminines. Apprendre à aimer la femelle en nous, sans la honte qui allait de soi dans toutes ces cultures qui ont voulu nier le corps, et tout particulièrement le corps de la femme et sa sexualité.

Je suis frappée par le manque d’ancrage chez les femmes et la perte du corps, chez nous occidentales. 

Le féminin est relié à la matière, à l’incarnation, à nos racines.

Je ne pense pas que l’on puisse accoucher de cette part de nous-mêmes, qui contient la promesse de nous ramener sur une nouvelle voie d’équité que l’on cherche tant  entre hommes et femmes, en faisant abstraction de notre corps. En plus les hommes, ici, en occident sont très demandeurs de côtoyer des femmes qui plongent vraiment dans leurs racines. C’est ce qu’ont à faire les générations actuelles. Retrouver le corps. Sa sagesse.

Beaucoup de femmes sont très timides par rapport à leurs corps. La danse contraceptive fait partie de ces expériences de connexion à la puissance archaïque du corps et la richesse de son intériorité sensorielle. La nature nous veut libre de notre fertilité et on peut effectivement déclencher nos règles et terminer notre cycle !

Ce n’est pas une panacée (parce que ça demande un engagement fort dans la pratique corporelle) mais une opportunité extraordinaire de reconnexion.  C’est une expérience initiatique.

On dit « danse » car on met de la musique pour se stimuler mais ce sont des mouvements plus qu’une danse. 
C’est Aviva Steiner qui les a repéré en étudiant les danses de fertilité dans le monde, comme des mouvements de base, universels. C’est en les pratiquant qu’elle a découvert qu’il y avait une puissance d’interaction avec le cycle hormonal.

Malgré la simplicité de ces mouvements, nombreuses sont les femmes qui ont du mal à les faire, à rentrer dans l’énergie qu’ils demandent ainsi que dans la justesse du geste et ceci doit nous questionner sur la distance qui s’est effectuée entre notre pensée et notre corps.

Il y a, je crois, de nombreuses questions à se poser avec honnêteté. Que penser, par exemple, des concepts de spiritualité Amérindiennes – tronquées de leurs propres contextes – qui prennent une telle place dans la tendance actuelle ? Que penser des concepts new-age qui abondent dans le courant du féminin qui s’autoproclame féminin sacré …. ? On a soif de mettre du sens sur nos vies de femmes, on a soif de redécouvrir le sacré de nos corps de femmes, mais soyons attentives à ce réflexe que nous avons tous et toutes qui conceptualise au détriment de la véritable expérience du corps. Nous avons besoin, l’humanité a besoin, de l’intelligence du corps, de l’humilité du corps, de sa simplicité, de son rapport à l’instant présent, de sa faculté à unir ce que le mental, lui, divise.

Je suis sensible au travail de Starhawk. Dans son livre « Réver l’obscur : femmes, magie et politique », elle a une profonde réflexion sur ce sujet et met en parallèle l’immense potentiel actuel de prise de conscience et le risque d’idéalisme concomitant. Elle aborde la différence entre l’immanence et la transcendance.

La première fait partie de la part féminine dans tout être, et c’est sûrement ce que les femmes ont à incarner, à travers leur manière d’être, d’agir, de penser. Si on ne le vit pas par le corps alors on est encore dans la transcendance (dans une spiritualisation mentalisée qui, certes,  séduit l’esprit, mais à nouveau divise). Alors que dans un pays comme le nôtre, nous, les femmes ont a la possibilité de mener toutes sortes d’expériences à travers notre corps, d’oser,  j’ai peur, parfois que l’on passe à côté.

Cette danse contraceptive nous rappelle qu’il y a tout un pan de nous que l’on ne connaît pas, et, si on ose s’y plonger, elle ouvre bien des portes.

Y a-t-il des prérogatives pour apprendre cette danse ?

Oui, pour plusieurs raisons.
D’abord, simplement parce que pour pouvoir se rendre compte si oui ou non, j’ai moi-même déclenché mes règles grâce aux mouvements, il faut un repère concret. Donc la prérogative principale, c’est d’avoir des cycles réguliers.
A partir de là, je peux choisir d’apprendre cette pratique soit dans le but de vivre l’expérience en tant que telle : je peux déclencher mes règles avec les mouvements du corps. (C’est déjà une très belle expérience !). Soit dans le but d’intégrer cette pratique comme outil de contraception.

A ce moment-là l’aspect contraceptif impose une rigueur, on ne peut pas transiger sur notre engagement si on l’utilise dans ce but. Donc une autre prérogative entre jeu, c’est de savoir déjà déchiffrer sa fertilité avec les méthodes d’auto-observation.
Donc pour résumer, les prérogatives sont : un cycle régulier et la pratique de l’auto-observation de la fertilité.

Aurais-tu une recommandation ?

Allez explorer son corps de multiples façons pour ne pas s’enfermer dans une méthode. Etre curieuse de cette part de soi dans la matière, de l’intelligence du corps, qui est source d’unification, de reliance et qui va permettre d’équilibrer le cerveau et de développer de nouvelles aptitudes pour l’avenir de l’humanité.

En février 2019 Marie-Pénélope PERES, lancera une  formation en ligne sur la GYN-ÉCOLOGIE HOLISTIQUE ©.

Redonner la connaissance du fonctionnement du corps à la femme, afin qu’elle se reconnecte à ses besoins, à sa réalité biologique, sa structure, ses systèmes…  Une relation peut alors commencer entre la femme et son corps, faite de confiance et non de défiance.
En apprenant à s’auto-observer, pour participer pleinement à sa vie gynécologique, gérer sa contraception, et/ou déceler d’éventuels déséquilibres à la racine, base de la prévention.
 
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Marie-Pénélope PERES

 auteure  de ” Sagesse et pouvoir du cycle féminin “ 

Artiste – Danse et Mouvement – Accompagnante en Féminité holistique

Contact :

marie.peres.or@gmail.com

06 22 24 54 54

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